La Route de la soie

La Route de la soie, carrefour de civilisations mais aussi route des sciences, du commerce et de l’amitié, est un chef d’œuvre d’histoire et de culture. Voie commerciale continentale traversant l’Asie centrale depuis la Chine pour conduire vers l’Asie du Sud, l’Asie de l’Ouest, jusqu’à l’Europe et l’Afrique du Nord, elle tire son nom de la soie et des soieries chinoises qui y étaient transportées en grande quantité vers l’ouest. Empruntée dès l’Antiquité, elle est réellement exploitée à partir de la dynastie des Han antérieurs, activement fréquentée jusqu’au XVIe siècle.

 

Fréquentées au cours de l’histoire par des envoyés impériaux, des marchands en quête de fortune, des poètes en errance, des voyageurs ou des populations en déplacement, la Route de la soie et la Route maritime de la soie constituent une plateforme d’échange et de culture rattachée au passé et se déployant sur le futur, reliée à la Chine et ouverte sur le monde. Carrefours de civilisations entre Orient et Occident, elles témoignent d’un patrimoine fécond dont les composantes sont autant de pierres précieuses qui illuminent de leur éclat les chemins de l’histoire.

La Route de la soie à travers les siècles

 

Bien que la dénomination de Route de la soie soit relativement tardive, cette voie d’accès commerciale existe depuis l’Antiquité. La Chine est alors le seul pays à cultiver le mûrier, à pratiquer la sériciculture et à produire des soieries. Les découvertes archéologiques récentes attestent que déjà sous les Shang et les Zhou les techniques de production de la soie ont atteint un niveau de développement relativement élevé. Pendant cette période, la soie circule depuis le Nord-ouest chinois jusqu’à l’Asie centrale et l’Inde.

 

Au début de la dynastie des Han, en 139 av. J.C., l’empereur Wudi envoie en expédition Zhang Qian ouvrir les voies d’accès vers l’ouest. En 133, l’empereur fait établir les comtés de Jiuquan, Wuwei, Zhangye et Dunhuang, et construire des relais de Dunhuang jusqu’à Yanze dans l’actuel Xinjiang.

 

En 119 av. J.C. Zhang Qian est envoyé à nouveau en mission vers l’ouest. À sa suite, une expédition couronnée de succès franchira les monts Tianshan dans l’actuel Xinjiang jusqu’à l’empire Parthe et l’Inde en passant par la Transoxiane. La communication entre la Chine des Han et l’Ouest est établie.

 

En 60 av. J.C, le gouvernement fait défricher des terres et établir des sous-préfectures le long de la route pour garantir une meilleure circulation. Depuis l’ouverture réalisée par Zhang Qian, les envoyés impériaux et les commerçants atteignent facilement les régions occidentales, participant à accroître et à améliorer les échanges et la diffusion des biens matériaux et des idées. Les marchands sont de plus en plus nombreux, les matières précieuses, la soie et le brocart transportés en grandes quantités vers l’ouest valent l’appellation de « Seres » à la Chine, « pays de la soie ». Il est dit qu’à cette époque, 1 livre de soie vaut 1 livre d’or. Parallèlement, toutes sortes d’objets rares et exotiques sont introduits en Chine.

 

Sous les Han postérieurs, le grand officier Ban Chao détache son second Gan Ying vers Rome, ce dernier atteindra la Méditerranée, effectuant ainsi la plus longue expédition de fonctionnaires menée à bien sous la dynastie des Han.

 

En 65 ap. J.C., l’empereur Mingdi des Han envoie le long de la Route de la soie les ministres Cai Yin et Qin Jing s’enquérir sur le bouddhisme. En chemin ils rencontrent les deux moins indiens Kasyapa Matanga et Dharmaratna prêchant l’enseignement de Buddha en Asie centrale. Les envoyés impériaux les invitent à venir en Chine présenter les contenus de la doctrine bouddhique. À dos de cheval blanc ils font transporter jusqu’à Luoyang des écrits que les moines traduiront. À leur arrivée, l’empereur ordonne la construction d’un temple imitant l’architecture indienne qu’il nomme Temple du cheval blanc en mémoire du voyage réussi.

 

Kumarajiva (344-413) de nom chinois Luo Shi est un illustre savant bouddhiste dont les travaux qui exercèrent une influence fondamentale dans la théorisation et la sinisation du bouddhisme indien ont pu être réalisés grâce aux échanges le long de la Route de la soie. Né à Qiuci (actuelle Kutcha dans le Xinjiang) d’un père indien Brahman et d’une mère princesse locale il débute dès l’âge de 7 ans sous l’influence de sa mère l’étude des textes sacrés. Doté d’un naturel perspicace, il maîtrise plusieurs langues ; érudit, il est versé dans les textes du Grand véhicule et du Petit véhicule et dispense un enseignement profond. En 382, le grand officier Lü Guang en déplacement dans l’ouest l’invite à se rendre en Chine. Arrivé à Chang’an, Luo Shi organise la première entreprise de traduction de l’histoire sous l’autorité des fonctionnaires impériaux, qu’il mettra en œuvre durant douze ans pour traduire accompagné de huit cents disciples plus de soixante-quatorze canons présentant principalement la doctrine du Grand véhicule. Il est avec les moines Yi Jing et Xuan Zang l’un des trois plus grands traducteurs bouddhistes de Chine. Ses cendres sont inhumées dans le temple Luo Shi situé dans la ville de Wuwei, étape importante de la Route de la soie dans le Corridor du Hexi avant d’arriver à Dunhuang.

 

En 399, période florissante du bouddhisme chinois, le moine Fa Xian part pour l’Inde en quête des canons des commandements bouddhiques. Au départ de Chang’an (actuelle Xi’an) accompagné d’un groupe de condisciples, il passe par Dunhuang, traverse le désert, le plateau du Pamir, et à l’issue d’un long périple finit par atteindre l’Inde. Il voyage à travers le pays et entreprend la copie des canons bouddhiques auxquels il a accès. De retour par la mer en 412, il se consacre à la traduction des Sutra recueillis. Il rédige également un mémoire de son voyage, le Récit sur le pays de Buddha, ou Chroniques de Fa Xian, œuvre qui constitue un important témoignage des liens entre Route de la soie et échanges sino-indiens.

 

Sous les dynasties Wei et Jin, alors que les échanges culturels et commerciaux entre Orient et Occident sont en plein essor, Dunhuang, située à une jonction stratégique de la Route de la soie à la sortie du Corridor du Hexi, est un lieu d’accueil et de rencontre de commerçants issus de tous horizons. Des documents écrits exhumés dans les environs attestent de relations fréquentes avec les marchands sogdiens venus de Samarcande.

 

Aux Ve-VIe siècles les liens commerciaux entre la Chine et le reste du monde s’intensifient alors que les échanges diplomatiques, scientifiques et religieux prospèrent. Les villes de Datong et Luoyang par leur éclat témoignent de l’abondance des marchandises et de l’amitié prospère entre peuples circulant le long de la Route de la soie : du Pamir en Chine jusqu’à Rome en passant par les riches contrées de l’Asie centrale, il n’est pas un marchand qui ne participe aux transactions florissantes.

 

Mercure, verre, substances médicinales, parfums, raisin, luzerne, fèves, carottes, instruments de musique, chorégraphies, peintures, terres cuites sont introduites en Chine depuis les régions occidentales alors que de Chine sont transportés vers l’extérieur des objets en or, en argent, en fer, des miroirs et toutes sortes de produits précieux.

 

Les échanges entre envoyés diplomatiques, moines, marchands et peuples de civilisations différentes conduisent à des avancées remarquables notamment dans les domaines scientifiques, artistiques et socioculturels. tels que philosophie, astronomie, mathématique, physique, chimie, géographie, art pictural, architecture, agriculture, médecine ou transports.

 

En 627, le moine Xuan Zang, aspirant à la découverte des textes sacrés du bouddhisme, entreprend au départ de Chang’an un périple vers l’ouest qui le conduira jusqu’au nord de l’Inde. Il retournera en Chine dix-neuf ans plus tard, après avoir accompli un merveilleux pèlerinage.

 

Le Récit sous les illustres Tang des régions occidentales dépeint les cent dix pays traversés au cours du voyage, ainsi que les paysages, les villes et villages, les produits locaux et les coutumes des contrées parcourues. L’un des quatre chefs-d’œuvre de la littérature chinoise, Pérégrinations vers l’Ouest de Wu Cheng’en, relate ce voyage important du moine Xuan Zang et de ses compagnons à travers la magie de la Route de la soie.

 

La dynastie des Tang marque la période de pleine apogée des échanges le long de la Route de la soie.

 

Sur le vaste territoire désertique et montagneux à l’ouest de Dunhuang des sous-préfectures sont établies et des villages sont aménagés afin de faciliter les échanges et d’assurer la sécurité des voyageurs le long du réseau de segments de la Route de la soie. Ainsi les villes de Chang’an, Luoyang, Jiuquan, Dunhuang et autres passages obligés deviennent des sites en vogue, lieu d’accueils des échanges sino-étrangers où matières précieuses et idées savantes s’entremêlent en rivalisant de richesses. Le faste de la cour impériale à Chang’an accompagne ce moment de fervente splendeur. Visiteurs issus de l’Asie centrale, à la Perse, l’Inde jusqu’à l’Asie mineure et l’Europe se retrouvent au sein de la capitale internationale Chang’an. Diplomates, religieux, négociateurs, étudiants, entrepreneurs, artistes, en brève visite ou résidents de longue durée, participent au foisonnement de la vie culturelle et intellectuelle de l’époque. Certains deviennent fonctionnaires par le biais des concours impériaux alors que d’autres à travers des activités diverses teinteront de couleurs exotiques les composantes des modes architecturale, culinaire, vestimentaire ou littéraire. Les merveilles caractéristiques du haut degré de raffinement en vogue sous la dynastie Tang peuvent rayonner à travers le monde par l’intermédiaire de cette route des échanges et de l’amitié.

 

Du IXe au XIe siècles, en raison du transfert du centre politique, économique et culturel vers le sud-est de la Chine, les échanges maritimes dont la fréquence s’amplifie prennent peu à peu le dessus sur les échanges terrestres. Sous la dynastie des Yuan l’activité le long de la Route de la soie est à nouveau florissante. Sous la dynastie des Ming, la voie qui part de Jiayuguan vers l’Asie centrale est active, les échanges maritimes sont cependant d’une plus grande envergure que la communication terrestre.

 

Les itinéraires

 

La Route de la soie partait de Chang’an, puis se séparait pour contourner le désert du Taklamakan par le nord et le sud avant que les deux tronçons ne se rejoignent à Kachgar. De là, les caravanes traversaient les massifs du Pamir et du Tianshan jusqu'à Samarcande, Boukhara et Merv, contournaient la mer Caspienne pour aller, par la Perse et la Turquie, jusqu'à Rome. Il y avait aussi plusieurs routes secondaires. L'une, au sud, traversait le massif du Karakorum pour aller jusqu'au Cachemire et à l'Inde ; l'autre, au nord, franchissait les monts Tianshan jusqu'à Almaty et, par la Mongolie, aboutissait à Minoussinsk.

 

La signification

 

La Route de la soie n’est pas seulement une voie commerciale de transport de marchandises entre est et ouest, elle a aussi été le véhicule des échanges multiples entre la Chine, l’Asie et l’Europe. Sciences et techniques et religions ont emprunté cette route pour se diffuser et se développer. Le filage et le tissage de la soie, la fabrication du papier ou de la porcelaine, l’imprimerie, la boussole, sont autant d’inventions chinoises qui ont pu traverser les frontières, de même que les contenus philosophiques tels que la pensée confucéenne ou le taoïsme. La Route de la soie par son rayonnement à travers le monde demeure ainsi symbole des avancées de la civilisation et de l’amitié des échanges entre Orient et Occident.